• Zone Grise

    Dans la société, je suis de la génération Y. Cette génération que l'on se plait à ridiculiser, en voici une lecture peut être un peu différente : 

     

    Le silence. Toujours plus intense, toujours plus oppressant. Chaque soir, la même impression de vide. À regarder le jour se lever et tomber dans le sommeil, fatigué de lutter. Sensation étrange de ne rien sentir. Dans ton esprit, tout se bouscule et rien n'y rentre. Tu n'es même plus surpris de voir les jours passer sans que rien ne s'y passe. Le vide. Avant, tu avais des rêves, des envies, des espoirs… La réalité est venue te mettre une droite et tu ne t'en relève pas. Tu tentes de te débattre, de sortir de cette fatalité, mais tu n'as plus la force.

     

    Imagine toi passer ta vie comme anesthésié, dans un coton moelleux qui fini par t'étouffer. Entre quatre murs, passer la journée dans un canapé. Seul. Imagine ne plus avoir d'espoir sans pouvoir l'expliquer, perdu dans une vie qui ne te convient pas. Pourtant, on peut t'envier. On te dit « tu en as de la chance, tu n'as pas à te plaindre ». Alors tu ne te plaints pas. On te dit « accroche toi, bats-toi, quand on veux on peut ! ». Alors tu t'accroches, tu te bat et tu veux. Mais rien ne se passe. Rien de bien, rien de mal. Le néant, encore.

     

    Fermes les yeux, imagine cette sensation de vide envahir ton corps petit à petit, année après année. Sens la déception t'envahir, la défaite planter son drapeau. Tu n'as rien fait de mal, on ne t'as rien fait de mal. Imagine cette incompréhension dans les yeux de tes proches, qui ne te comprennent pas. Sens l'isolement arriver dans tes poumons, te prendre à la gorge, t'étouffer.

     

    Regardes-toi dans un miroir, regarde cette face si banale, si oubliable. Cette idée que tu ne marquera personne de ton empreinte. Cette sensation de passer ta vie à survivre, sans vivre pour de bon. Te demander ce qui ne vas pas chez toi, t'énerver face à ta médiocrité.

     

    Sans avenir glorieux, sans avenir catastrophique. Sans caractère docile et sans caractère puissant. Sans envies et pourtant plein de rêves. Perdu dans 8 milliards d'humains, dans une ville anonyme. Médiocre sans être misérable. Envie d'être spécial tout en sachant n'être qu'une copie.

     

    Le mal-être de la génération Y, comme ils nous appellent. Cette génération grise qui ne croit plus en l'avenir. Sans avenir, comment imaginer la vie ? Comment croire en soi dans un monde où il n'y a plus de place ? Dans un monde où tout est déjà pré-dessiné, tu étouffes. Trop découragés pour se révolter, trop anesthésiés pour agir, trop cassés pour gueuler.

     

    Génération perdue. Remplacée déjà par les suivants aux rêves vivaces, déjà gommée par celle d'avant qui la considère comme une erreur. Qu'adviendra-t-il de tout ces gens sans espoirs, sans envies et sans rêves ? Sommes-nous déjà oubliés et mis à la poubelle ? Quand viendra le jour où nous seront la génération dominante, le monde tournera-t-il ? Combien vont se fondre dans un moule trop étroit pour le bien commun ? Dans quelle mesure doit-on s'oublier ? Combien en seront capables ? Comment s'imaginer dans la peaux de nos parents, dans cette vie qui semble inaccessible ?

     

    Zone grise, zone Y.

     

     


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